Dans tout le bas Moyen-Âge, les marionnettes seront silencieuses. Elles présentent leurs spectacles devant de petits décors que l'on appelle castelet (petit château). Le mot est d'origine provençale, mais l'objet serait vraisemblablement d'origine italienne. L'essentiel du répertoire est composé d'histoires pieuses ou de légendes, mais il y a aussi quelques chansons de gestes qui relatent les aventures des héros comme Roland de Roncevaux. Le château constitue un environnement parfait pour ces histoires. Il est intéressant de noter que les premières chansons de geste divisent toujours l'action des batailles en duels successifs. La raison en est simple lorsqu'on considère que ces histoires se racontaient par des marionnettistes: l'opérateur ne peut manier que deux guerriers à la fois!
Dès l'an mil, les marionnettes retrouvent la parole. On a preuve que, dès cette époque, les marionnettes coupent le monologue, la harangue du récitant, par des répliques. Ce mélange, qui porte la marque des marionnettes, se retrouve dès le XIIe siècle dans de petites pièces latines inspirées de Plaute, comme par exemple, le "Geta" de Vital de Blois, version fantaisiste d'Amphitryon" ou le "Milon" de Mathurin de Vendôme, tiré, celui-là, de Miles Gloriosus. Il est de notoriété que ces textes ne furent pas écrits pour des acteurs. De plus, il nous reste quelques textes qui datent du Xe siècle et qui ne sont pas sans intérêt.
Durant cette période, on ne trouve en Occident que des marionnettes à gaine. Les marionnettes à fil, plus délicates, se retrouvent dans l'Empire d'Orient.
Ce n'est qu'après le XIIIe siècle que les marionnettes entrent à l'Église pour donner devant l'autel des spectacles paraliturgiques, comme des épisodes de l'Évangile, par exemple. Ces spectacles furent très populaires auprès d'une population essentiellement analphabète.
Toutefois, ces spectacles soulevèrent l'indignation de Luther et de ses disciples qui y voyaient une forme d'idolâtrie. Afin de se concilier les protestants, il y eut dans le monde catholique un mouvement appelé la Contre-Réforme qui, lors du Concile de Trente, interdit les représentations de marionnettes dans les églises. Il fallut toutefois plus d'un siècle avant d'y parvenir! Le synode d'Orchuela réiterera la défense de représenter "les actions du Christ, celles de la très Sainte Vierge Marie et la vie des saints" au moyen de figures mobiles.
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| Polichinelle, Amiens XIXe siècle. |
Jusqu'à la Renaissance, la vie des marionnettes est sensiblement la même partout en Occident mais, à partir du XVIe siècle jusqu'au XVIIIe siècle, les spectacles de marionnettes se rapprochent du théâtre d'acteur de plus en plus.
C'est vers 1610 que Giovanni Briocci passe de l'Italie à la France avec ses burattini (marionnettes à gaine). Il francise son nom en Jean Brioché vers 1649 et son burattino le plus célèbre s'appelle Polichinelle. Si le nom vient sans doute du personnage de Pulcinella, il est douteux que le personnage soit le même. Il a évolué, il s'est adapté. Son allure, son costume, son caractère diffèrent trop pour se confondre avec l'original.
Cela est aussi commun chez les marionnettes: un personnage peut se modifier, se transformer et cela aussi bien dans le temps que dans l'espace. On le voit bien avec Pulcinella qui devient Polichinelle en France, Punch en Angleterre, don Cristobal Polichinela en Espagne, et même Petrouchka en Russie! On le verra aussi avec Girolamo le paysan lombard naïf et finaud qui devient Chignol à Lyon et fut finalement métamorphosé pour devenir Guignol.
Les Brioché (Jean et son fils François) eurent tant de succès qu'ils suscitèrent de l'émulation pour ne pas dire de l'imitation. De nombreux autres montreurs apparurent et contribuèrent à la popularité du genre par leurs pièces pleines de gouaille, de fantaisie, de familiarité populaire, de bon sens et d'ironie.
Non seulement les marionnettes sont-elles populaires auprès du peuple, mais elles le deviennent auprès de la bourgeoisie et de la noblesse qui aime s'encanailler avec les petites poupées grivoises. Il se créa un genre de snobisme, une mode, qui de Paris essaima vers plusieurs pays d'Europe. Il suffit de savoir qu'en Hongrie le prince Nicolas Joseph Estherhasy avait fait aménager dans son château d'Ersenstadt une petite scène pour ses marionnettes et que Haydn écrivit pour elles cinq petits opéras! Les partitions d'au moins trois d'entre eux, "Philémon et Baucis", "Geneviève" et "Didon", étaient encore conservées à Eisenstadt en 1892.
Les marionnettes connaissent alors une vague de popularité sans précédent. Aux Pays-Bas, elles étaient si populaires que même le puritanisme n'eut que peu d'influence sur elles.
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