Comme partout ailleurs, la marionnette au Japon plonge ses racines dans la religion. C'est vers le VIIe siècle qu'elle est arrivée dans ce pays, en provenance de Chine ou de Corée. Une tradition veut qu'un moine shinto manoeuvrait deux marionnettes, un mâle et une femelle, pendant qu'il récitait ses prières. Sa piété inspira les gens de cette région et l'on contruisit un temple en l'honneur de la "poupée sacrée". Ce temple s'appelle "Documbo Hyakudayu Okami" . Documbo était peut-être le nom de ce moine. Hyakadayu était un autre moine-marionnettiste qui, lui, apprit aux gens de son village l'art de la manipulation.
A partir de ce moment, ce sont des bateleurs ambulants qui font connaître la marionnette. Ils transportent leur matériel dans une boîte de bois fixée à leur cou par une courroie de cuir et vont ainsi de village en village pour célébrer les fêtes saisonnières ou des rites magiques. A cette époque, les marionnettes sont appelées kigutsu.
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| Jeune homme dans le théâtre Bunraku, Japon, XVIIe siècle. |
Ce n'est qu'à partir du XIIe siècle que l'art de la manipulation s'est développé. Des récits des principales luttes féodales vinrent s'ajouter aux légendes et autres histoires à saveur religieuse qui constituaient l'essentiel du répertoire d'alors. Ces récits martiaux étaient chantés avec un accompagnement de shamisen (une sorte de mandoline). Ce n'est que vers la fin du XVIe siècle, sous l'influence de la poétesse Ono-Nootsu, que le sentiment a prévalu sur les valeurs guerrières. Sa pièce la plus célèbre relate l'histoire d'amour de la belle Joruri et de son seigneur, le valeureux Yoshitsune. Le titre exact est "Joruri Junidan Soshi" et elle fut écrite en 1530. Sa popularité fut telle qu'on appella désormais ce genre ningyo-joruri.
C'est de tout cela que naquit le Bunraku-za. Ce terme qui n'a pas véritablement d'équivalent en français (bun: littérature; raku: plaisir) a pour origine le nom de scène d'un marionnettiste (Bunraku-Ken) originaire de l'île d'Awaji qui fonda en 1845, à Osaka, le plus célèbre théâtre de ce genre.
Le XVIIe siècle est l'âge d'or des marionnettes japonaises. Le centre de l'activité des théâtres de marionnettes est Osaka et c'est de tout le Japon, mais en particulier de Kyoto, que viennent réciter ou improviser devant elles les plus grands acteurs. De grands dramaturges, tels que Chikamatsu Monzaemon(1653-1724), qu'on surnomme à juste titre le Shakespeare japonais, écrivit plus de cent-vingt pièces pour le Bunraku! Sa rencontre avec le grand chanteur, Takemoto Gidayu(1651-1714) en 1686 et leur association avec le talentueux marionnettiste Tatumatsu feront évoluer le ningyo-joruri des débuts.
Le chef-d'oeuvre qu'est "Double suicide à Sonezaki" contribua à donner au théâtre moderne du Japon sa forme. Dorénavant, le Bunraku se divisera en deux grandes branches: le "jidaimono" qui regroupe des pièces historiques évoquant l'aristocratie guerrière et le "sewamono" qui est constitué par des drames contemporains et bourgeois. Takeda Izumo (1691-1756) leur succéda et enrichit le répertoire avec brio. Ces pièces sont encore en vogue de nos jours au Bunraku-za d'Osaka.
Mais, vers la première moitié du XVIIIe siècle, la technique des marionnettes connaît une véritable révolution. Aux figurines à manchon succèdent de grandes marionnettes (0,80 m à 1,30 m) qui représentent le corps humain tout entier. Chacune est manipulée par trois hommes, les ningyotsukai", installés derrière elle, à la vue du public. Ils sont parfois habillés de noir et peuvent porter une cagoule noire aussi. Le premier (omo-tsukai) anime le visage et le bras droit de la poupée, le second (hi-dari-tsukai) son bras gauche et le troisième (ashi-tsukai) ses pieds. Ils parviennent à une coordination incroyable en se concentrant sur la respiration de l'omo-tsukai. Leurs prouesses sont tout simplement stupéfiantes et le résultat est fascinant!
Le Bunraku fut néanmoins supplanté vers la fin du XVIIIe siècle par un genre qu'il avait presque créé: le kabuki. Le kabuki à ses débuts emprunta au théâtre de marionnettes pratiquement tout ce qui le caractérise. Du répertoire à la dramaturgie en passant par les costumes, rien n'y échappa. Il n'en demeure pas moins que le Bunraku est encore très populaire de nos jours.