Marionnettes du Bout du Monde

Marionnettes d'U.R.S.S.

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Ville verte

Valises aux mains, je n'ai pas déjà franchi la section des contrôles qu'une interprète parlant un français impeccable me salue gentiment et me prie de la suivre. Nous nous engouffrons dans une Lada pour nous diriger vers Moscou, ville de dix millions d'habitants. Partout des tours et des complexes d'habitations, pas de maisons unifamiliales; il va sans dire, j'observe et je ressens une drôle d'impression en entrant dans cette grande ville. Qu'est-ce qui ne va pas? Mais que d'arbres et de jardins partout! C'est alors que je constate qu'aucune affiche publicitaire, qu'aucun néon criard ne viennent polluer l'environnement. Ici, c'est la verdure qui nous accueille et les arbres à tous les dix mètres. Et, partout sur les rares et discrètes affiches aux portes des grands magasins, l'unilinguisme est de mise (nous ne sommes pas les seuls au Québec!). Oui, j'entre dans un pays unique avec ses particularités politiques et sa culture bien affirmée.

Des rôles pour tous

Déjà, en guise d'introduction à mon périple dans les théâtres de marionnettes d'U.R.S.S., j'assiste, à L'Ermitage, théâtre dramatique de Moscou, à une comédie satirique assaisonnée de critiques sociales et politiques. « transparence » instaurée dans l'effort de démocratisation du nouveau gouvernement permet dont au théâtre actuel de se délier la langue et d'aborder des sujets tabous il n'y a pas si longtemps. À la fin de la représentation rythmée et colorée, 32 comédiens viennent saluer. Ici, me fait-on entendre, les troupes sont imposantes et, pour permettre au maximum de comédiens de jouer, on distribue tous les rôles, même les plus brefs, à des comédiens différents alors que chez nous, à l'inverse, nous accordons le plus de rôles au moins de comédiens possible. Dans les rires et les applaudissements, le rideau tombe.

Thé de minuit

Longuement j'observe au plafond du théâtre un magnifique lustre de porcelaine étincelant de lumière, mais on me tape gentiment sur l'épaule car il est temps de filer vers la gare où un train frappé du sceau doré du marteau et de la faucille crache la vapeur de toutes parts. Wagon-lit, samovar et le thé bouillant servi avant le coucher. Minuit, le coup de sifflet strident dans la nuit d'octobre, le train s'ébranle lentement et file vers la première destination de ce voyage, Leningrad. (C'est dans cette ville que je ferai connaissance de l'américaine Reg Bradley, du théâtre de marionnettes Tears of Joy, qui avait reçu la même invitation que moi. Nous voyagerons donc ensemble, accompagnés d'une indispensable interprète.) Toute la nuit donc, je dors à poings fermés, enveloppé dans une grosse couverture rouge. Au petit matin, le thé parfume lentement le wagon et je vérifie à nouveau mon billet de train où sont inscrits les mots magiques Moscou-Leningrad-Kiev. Ce sera mon itinéraire d'exploration théâtrale en U.R.S.S.

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